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En résumé :
- Procida est la plus petite et la moins touristique des îles de la baie de Naples : 4 km², accessible en 35 minutes de ferry depuis Molo Beverello, sans grandes chaînes hôtelières ni boutiques de luxe
- Capitale Italienne de la Culture en 2022, l’île a été reconnue tardivement par le tourisme institutionnel, mais les écrivains l’avaient devancé : Elsa Morante y a situé L’Île d’Arturo en 1957
- Marina Corricella, village de pêcheurs sans voitures aux maisons colorées, est le décor principal du film Il Postino (Le Facteur, 1994)
- Le citron de Procida est une variété locale exceptionnelle, à peau épaisse et peu acide, qu’on retrouve en salade, en granita et dans la lingua di bue, la pâtisserie emblématique de l’île
- Avril-mai et septembre-octobre sont les meilleures périodes : les plages sont désertes, les prix raisonnables et les habitants disponibles
Capri et Ischia captent l’attention, les budgets, les yachts. Procida, elle, reste en retrait. Petite île de 4 km² dans la baie de Naples, Pour visiter l’île de Procida, le ferry depuis Molo Beverello prend 35 minutes. L’impression d’arriver dans une autre époque est immédiate. Capitale Italienne de la Culture en 2022, elle a brièvement été sur tous les radars, puis est retombée dans son silence habituel. Ce silence est exactement ce qu’il faut y chercher.
Ses façades ocre, rose et jaune ne sont pas une mise en scène pour touristes. La légende locale dit que les pêcheurs peignaient leur maison d’une couleur unique pour la reconnaître depuis la mer. Vraie ou non, cette histoire dit quelque chose d’essentiel sur Procida. Ici, les choses existent pour des raisons réelles, pas pour faire joli sur une carte postale.
Une île à part dans la baie de Naples
Comparer Procida à ses voisines aide à comprendre ce qu’elle est. Capri, c’est le luxe, la Grotta Azzurra et les boutiques hors de prix. Ischia, c’est les thermes, le relief volcanique et les hôtels de cure. Procida, c’est le slow travel avant d’être une destination touristique. Son authenticité intacte et son budget accessible en font la plus accessible des trois. Trois îles de la même baie, trois atmosphères qui n’ont presque rien en commun.
Les écrivains ont précédé les touristes. Elsa Morante y a situé L’Île d’Arturo en 1957, roman fondateur de la littérature italienne d’après-guerre qui lui a valu le prix Strega. Alphonse de Lamartine y séjourna en 1811 et s’en inspira pour écrire Graziella (1852), roman semi-autobiographique dont l’héroïne est une jeune pêcheuse de l’île. Procida compte aujourd’hui environ 10 000 habitants, un des chiffres les plus stables de la Campanie, signe d’une île qui n’a pas été vidée par l’exode touristique. Cette filiation littéraire n’est pas un argument marketing. C’est le signe que Procida a toujours attiré des gens qui cherchaient autre chose que le spectacle.
Corricella, le port qui arrête le temps
Marina Corricella est le cœur de Procida. Village de pêcheurs sans voitures, ses maisons colorées descendent en escaliers vers la mer, serrées les unes contre les autres, chaque façade dans sa propre nuance de rose, de jaune ou d’ocre pâle. C’est ici que le réalisateur Michael Radford a tourné Il Postino en 1994, avec Massimo Troisi dans le rôle du facteur amoureux de la poésie de Pablo Neruda. Massimo Troisi était déjà très malade pendant le tournage. Atteint d’une grave maladie cardiaque, il avait refusé une opération pour terminer le film. Il est décédé douze heures après le dernier plan. Le film a obtenu cinq nominations aux Oscars.
Corricella à l’heure du déjeuner, c’est les barques des pêcheurs rentrées, les filets étendus sur les quais, les terrasses des trattorie qui sentent le citron et les coquillages. Pour organiser sa visite et savoir que faire à Procida au-delà de Corricella, un guide pratique avec les détails d’accès, les horaires et les adresses locales évite les mauvaises surprises.

Terra Murata, entre ciel et histoire carcérale
Terra Murata est le point le plus élevé de l’île, à 90 mètres au-dessus de la mer. Village médiéval fortifié, ses ruelles étroites et ses arches offrent des points de vue spectaculaires sur la baie de Naples et sur le Vésuve par temps clair. L’Abbaye de San Michele Arcangelo, fondée au XIe siècle, conserve un tableau attribué au peintre napolitain Luca Giordano et une crypte où reposent des marins locaux.
Mais ce qui donne à Terra Murata son atmosphère particulière, c’est l’ancien pénitencier qui en occupe une partie. L’un des plus grands pénitenciers d’Italie, ouvert en 1830 sous les Bourbons de Naples et fermé en 1988, il est visible depuis la mer avec ses hautes murailles blanches. Désaffecté depuis, il est en cours de réhabilitation culturelle. Ce passé carcéral, rarement mentionné dans les guides classiques, explique pourquoi Procida a longtemps eu une réputation ambiguë chez les Napolitains, l’île des pêcheurs et des prisonniers, loin des circuits mondains.
Plages de sable volcanique et criques discrètes
Procida ne rivalise pas avec les plages de sable blanc des îles grecques. Ce n’est pas son registre. Ses plages ont un sable sombre d’origine volcanique, une eau limpide et une fréquentation raisonnable en dehors du cœur de l’été. Pour un tour complet des plages où se baigner à Procida avec les accès et conseils pratiques, un guide dédié évite les faux départs.
Pozzo Vecchio est la plus connue, surnommée “plage du facteur” parce que plusieurs scènes d’Il Postino y ont été tournées. Accessible à pied depuis le centre de l’île, elle reste calme même en juillet. Chiaiolella, plus accessible et plus animée, est idéale pour le coucher de soleil. Elle fait face à l’îlot de Vivara, réserve naturelle protégée reliée à Procida par un pont, où l’accès est réglementé pour préserver la faune et la flore locales. L’îlot de Vivara, 0,37 km², est l’un des derniers territoires sauvages de l’archipel napolitain. La baie de Naples dans son ensemble a servi de décor à Le Talentueux M. Ripley (1999, Anthony Minghella, avec Matt Damon et Jude Law), une autre preuve que le cinéma a précédé le tourisme de masse dans cette région.
Hors saison, en avril-mai ou en septembre-octobre, Procida retrouve son rythme habituel. Les plages sont désertes, les prix des hébergements et des restaurants baissent sensiblement, et les habitants ont le temps d’une conversation. C’est la meilleure façon de visiter l’île de Procida dans une approche slow travel authentique, loin des circuits balnéaires classiques.
Le citron et la table
Le citron de Procida est une variété locale à part entière. Gros, à peau épaisse et très parfumée, peu acide, très différent du citron de supermarché. Les jardins de citronniers, souvent cachés derrière des murs de pierre à l’intérieur de l’île, couvrent encore une partie du territoire. On les reconnaît à leurs pergolas basses typiques, les pagliarelle, construites pour protéger les fruits du vent marin.
À table, le citron est partout. En salade avec du poisson cru, en granita glacée, en Limoncello artisanal ou dans la lingua di bue, la spécialité pâtissière de l’île, une pâtisserie feuilletée en forme de langue de bœuf, garnie d’une crème à la vanille et au citron. Les pâtes aux fruits de mer, le poisson du jour grillé et les coquillages au vin blanc complètent une table simple et honnête. Les meilleurs restaurants sont à Corricella, souvent sans enseigne visible, repérables à l’odeur et à la présence de locaux.
Une expérience que les guides mentionnent rarement. La Procession des Mystères du Vendredi Saint. Les habitants portent des statues à travers les ruelles dans la nuit, en silence, selon un rituel transmis depuis le XVIIe siècle. L’une des processions les plus impressionnantes d’Italie du Sud, sans décorum touristique ni entrée payante.
Informations pratiques
Rejoindre Procida depuis Naples
Ferry depuis le port de Molo Beverello (35 minutes, environ 20€ aller-retour selon la saison) ou depuis Calata Porta di Massa. L’aliscafo (hydroglisseur) est plus rapide mais plus cher. Il est aussi possible de partir depuis Pozzuoli, port plus proche géographiquement, ou depuis Ischia si on enchaîne les deux îles. Les liaisons sont fréquentes en été, plus espacées en hiver.
Combien de temps consacrer à l’île
Une journée d’excursion suffit pour voir Corricella, Terra Murata et une plage. Mais deux à trois nuits permettent de vraiment s’imprégner du rythme de l’île, explorer les vergers de citronniers, dîner sans montre, revenir à Corricella le matin quand les pêcheurs rentrent. C’est là que Procida devient autre chose qu’une case à cocher.
Se déplacer sur l’île
L’île est petite mais pentue. À pied pour Corricella et Terra Murata. En vélo électrique ou en scooter pour rejoindre les plages et les parties ouest de l’île. Les voitures de touristes sont interdites dans plusieurs quartiers. C’est une des raisons pour lesquelles l’atmosphère de Corricella est restée intacte.
Questions fréquentes
Comment aller de Naples à Procida ?
Ferry depuis Molo Beverello (35 min, 8 à 12€ par trajet selon la saison et la compagnie) ou depuis Calata Porta di Massa. L’aliscafo est plus rapide (25 min) mais plus cher. Depuis Pozzuoli, la traversée est plus courte et souvent moins chère. Réserver en avance en juillet-août pour les retours du soir.
Combien de temps pour visiter Procida ?
Une journée pour l’essentiel, deux à trois nuits pour vraiment vivre à son rythme. Les visiteurs qui y restent dormir témoignent souvent que l’île change de visage après 17h, une fois les excursionnistes repartis pour Naples.
Quelle est la plus belle plage de Procida ?
Pozzo Vecchio pour son sable volcanique sombre, son ambiance cinématographique et sa relative tranquillité. Chiaiolella pour le coucher de soleil et la vue sur l’îlot de Vivara. Les deux valent le détour, pour des raisons différentes.
Quelle est la différence entre Procida, Capri et Ischia ?
Capri est l’île du luxe et des touristes aisés, Ischia l’île des thermes et du bien-être, Procida l’île de la vie locale préservée. Budget, atmosphère et rythme sont radicalement différents. Procida est la seule des trois où on peut encore déjeuner face à la mer pour moins de 15€ sans se sentir dans un piège à touristes.
Où manger les meilleures spécialités à Procida ?
À Corricella, les trattorie de pêcheurs en bord de quai servent le poisson du jour et les pâtes aux fruits de mer. Se fier à la présence de locaux et à l’absence de menu plastifié en cinq langues. Pour la lingua di bue, les boulangeries du centre ville de Marina Grande.